Une bulle de vie !
10 Mai 2009
Elle est grande, belle, élégante, russe.
Les Viennois en sont fous, les Américains en raffolent, les Allemands l’idolâtrent.
Et les Français la découvrent. Elle est née à Krasnodar. Vous connaissez Krasnodar ? Moi non plus, mais je sais qu’Anna Netrebko a sans doute puisé dans cette ville du sud de la Russie cette énergie qui en fait aujourd’hui une des plus grandes sopranos du monde.
Cette énergie, elle l’a montrée très tôt : dès l’âge de 3 ans, elle veut être à la fois comédienne, danseuse et chanteuse. À 16 ans, elle opte pour le chant. Le conservatoire de Saint-Pétersbourg lui ouvre ses portes.
Mais elle sait que c’est à l’opéra qu’il lui faut accéder pour réussir, ce fameux théâtre Mariinski où ses maigres ressources ne lui permettent pas d’entrer. Elle s’y fait donc engager… comme femme de ménage.

"J’ai pu, durant des mois, suivre toutes les répétitions, entendre chanter tous les rôles, regarder travailler Valery Gergiev, le tout-puissant chef d’orchestre et directeur du Mariinski. Même s’il ne me considérait alors que comme une jeune femme chargée de l’entretien, Gergiev était surpris de me voir sans cesse suivre les répétitions. Quand je me suis sentie prête pour une audition, il m’a reconnue et ça l’a amusé. Il a été suffisamment séduit par ma voix pour m’engager en Susanna dans Les Noces de Figaro de Mozart !"
Très vite, elle impose sa voix et l’intensité de son jeu.
"J’aime les rôles où il faut s’investir corps et âme, les rôles qui vous prennent, les rôles où il faut se dépasser, Traviata ou Lucia par exemple. Toute une vie défile en trois heures ; on en sort épuisée mais heureuse."
Sa Traviata au festival de Salzbourg, filmée et diffusée dans le monde entier, contribue à sa célébrité internationale, et assoit le couple scénique qu’elle forme avec le ténor Rolando Villazón.
"À l’opéra, on ne travaille jamais seule ; il y a un échange de regards, de gestes, de couleurs vocales avec le partenaire. Rolando est pour moi idéal pour cela parmi les grands ténors d’aujourd’hui."

Aussitôt, on murmure qu’entre Anna et Rolando… Il n’en est rien.
"Rolando est mon partenaire d’opéra. Mon partenaire de vie est Erwin Schrott, le beau baryton-basse uruguayen qui fait rêver beaucoup de femmes… et qui est mon mari !"
Elle vient de mettre au monde le petit Tiago Aura (un prénom uruguayen).
"Je veux l’emmener avec moi partout dans le monde. Ce ne sera pas facile mais j’ai vraiment envie d’être mère tout en restant diva."
Car le planning d’Anna est chargé pour les prochaines années, balisé de "séjours à Paris, à l’Opéra où je suis engagée pour plusieurs productions et où j’ai appris à me repérer Faubourg Saint-Honoré, dont les boutiques m’attirent comme un papillon."
Tout lui réussit. Son disque Souvenirs promet d’être un triomphe, on la réclame partout, elle prépare de nouveaux rôles, dont des Verdi.
"J’entretiens une correspondance avec Verdi depuis ma première Traviata. J’étais morte de peur, je lui ai adressé une prière avant d’entrer en scène et j’ai eu l’impression qu’il m’accompagnait. Depuis, je lui parle souvent ! Non, je ne suis pas folle, mais cette idée me fait du bien. Vous savez, parfois je broie du noir, je suis comme une grosse tarentule prostrée dans mon salon. Ça énerve Erwin ! Mais c’est très russe : chez nous tout est drame et, si tout va bien, c’est qu’une tragédie se prépare…"